Une femme marche sur les trottoirs d’un Paris mouillé de neige ; elle a rendez-vous dans un musée. On apprend qu’elle est historienne de l’art grâce au flux dévorant de sa pensée, qui nous fait percevoir tout ce qui se déroule autour d’elle, en elle. Elle n’est venue que pour voir CUMUL I de Louise Bourgeois, l’objet de la recherche d’un de ses étudiants. Mais avec quelle légitimité prétend-elle observer cette œuvre moderne, elle qui est spécialiste de la peinture nordique du XIXe siècle ?
Dans la blancheur de la neige comme devant celle du marbre façonné de protubérances étranges, les mots tournoient comme des flocons glacés dans sa tête, brassant les questions de l’identité, de l’imposture, du désir et du rapport à l’Autre. Les méandres labyrinthiques de la sculpture semblent hanter sa conscience avant même qu’elle ne les découvre. C’est ce qui fait la virtuosité de ce texte, né d’une commande du Centre Pompidou : l’œuvre d’art y est présente en creux, de façon subliminale, par échos poétiques et analogies avec la matière des mots. Ce texte plonge dans les tréfonds d’une intimité pourtant écrite à la troisième personne. C’est la pensée qui parle d’elle-même, tout en s’incarnant complètement.
ÉCHO CRITIQUE « Personnel, politique et romanesque à la fois, traversé par une vision de l’art qui s’éprouve au-delà des discours, Cumul I poursuit avec bravoure l’aventure littéraire d’une des plumes les plus stimulantes de notre temps. » Nicolas Julliard, Radio Télévision Suisse (RTS)