Du printemps arabe à Donald Trump, des promesses de la Silicon Valley à la dépendance numérique, de l’insouciance de la jeunesse millénariale à l’écoanxiété de la génération suivante, Hubris montre, sans argumenter, comment nous en sommes arrivé·es là. Pour reprendre les mots de Simon-Pierre Beaudet, il s’agit d’« une histoire mondiale, mais vue d’ici », une histoire que nous avons regardée défiler dans nos téléphones, à toute vitesse et sans toujours en saisir le sens. Peuplé de jeunes dans le vent, de mouvements populaires, de chroniqueurs qui n’aiment rien, d’autoritaires en quête de pouvoir et d’innombrables apartés qui nous détournent de l’essentiel, ce récit est traversé par ce que les Grecs nommaient l’hubris, « un sentiment violent inspiré par l’orgueil et l’arrogance, mais aussi l’excès de pouvoir et le vertige qu’engendre un succès trop continu ». Plein de bruit et de fureur, mais aussi d’espoirs et de moments cocasses, il se lit comme un prélude au nouveau désordre mondial.
C’est armé·es de lunettes prompteurs que Catherine Dorion et Christian Lapointe se laissent traverser par cette partition, qui reboucle ses obsédants leitmotivs pour nous donner à entendre d’où l’on vient, éclairant ainsi pourquoi nous avons déjà les deux pieds dans un XXIe siècle débridé. Entre leurs mains, le texte de Simon-Pierre Beaudet devient une performance à mi-chemin entre le cynisme et la jubilation.
ÉCHO CRITIQUE – « La synthèse est cadencée de telle sorte qu’on éprouve le désir de lire à voix haute à notre entourage ce récit non argumenté des hauts faits d’une décennie faste pour le capitalisme et la corruption et les révolutions inachevées, c’est bon en ti-péché, j’en reviens pas! » – Olivier Boisvert, Librairie Gallimard